« Etude de la prévention des expositions cancérogènes »

La prévention des expositions au travail est régie par un cadre réglementaire qui attribue des rôles, des droits et des obligations à de nombreux acteurs dans et hors de l’entreprise : employeurs, salariés et représentants, médecins du travail, inspecteurs du travail, contrôleurs de l’assurance maladie, institutions de prévention. Les données sur les activités réelles de travail exposées du GISCOP93 et les observations de terrain conduisent à interroger l’écart entre ces observations et la mise en œuvre ou le respect de la réglementation de prévention face aux cancérogènes au travail.

La prévention des cancers professionnels demeure donc un sujet à investiguer  du fait de nos acquis en la matière et des récentes évolutions réglementaires qui en simplifiant la réglementation font disparaître certains outils de prévention. Nous considérons que ces questions doivent donc être à nouveau des priorités de recherche pour ce quadriennal 2018-2021.

Certains constats opérés à partir des données accumulées dans la base de données du GISCOP93, notamment sur les activités exposantes et les expositions identifiées ont donc suscité une dynamique institutionnelle et donné lieu à des opérations de recherche spécifiques à l’activité de prévention en accompagnement des agents, observation, voire observation participante.

Par exemple, Entre 2005 et 2007, a été menée une étude sur les expositions aux HAP à l’initiative de l’AMET, avec des agents de la CRAMIF,  en vue d’élaborer des actions concrètes de prévention. Pour rendre possible la participation des médecins du travail et des contrôleurs CRAM, l’étude s’est focalisée sur les travaux de bitumage, de fonderie, et dans les garages. Dans la même période était menée une autre étude sur les pratiques des agents de contrôle dans des entreprises susceptibles d’exposer à des cancérogènes avec les DIRECCTE 93 et Ile de France, sur la base de l’examen de la mise en œuvre de la réglementation CMR de 2001. Enfin entre 2009 et  2011, a été réalisée une étude de la connaissance chez les ouvriers sous-traitants de l’exposition aux agents CMR dans des entreprises de la chimie, pétrochimie, automobile en Haute Normandie, commanditée par la DIRECCTE de ce département.

Les résultats ont porté sur les obstacles à la prévention ou à l’application de la réglementation de prévention des expositions aux cancérogènes au travail et ont par exemple donné lieu en 2006 à une initiative intersyndicale pour une journée de formation information sur les cancers professionnels, avec l’appui du Conseil Départemental du 93 et la participation des DIRECCTE 93 et IDF.

Les résultats de l’observation des différents acteurs institutionnels sous l’angle notamment de leur cloisonnement et de la gouvernance de la prévention plaident bien en faveur d’une poursuite de ces travaux.

Par ailleurs, la prévention des expositions des jeunes en apprentissage et le retour à l’emploi des personnes ayant contracté un cancer professionnel sont deux voies explorées dans le quadriennal 2018 – 2021.

Retracer des parcours professionnels s’inscrivant en moyenne dans les 30 à 60 dernières années, c’est observer comment s’inscrivent ces parcours dans des périodes successives marquées par des transformations profondes : celles de l’organisation de la production industrielle – et dans celle-ci les formes d’utilisation des produits cancérogènes –, celles du contenu même du travail, des outils et de leurs usages, celles des rapports sociaux de travail, celles des politiques publiques qui encadrent l’emploi et la santé au travail. Depuis la fin des années 1970 en particulier, la précarisation sociale issue de stratégies combinées de recours à la flexibilité, au travail temporaire et à la sous-traitance a profondément bouleversé les formes de division sociale du travail et des risques.

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Selon le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), un tiers de l’excès de cancers observé dans les catégories sociales défavorisées comparées aux groupes sociaux les plus favorisés serait lié à l’exposition professionnelle à des cancérogènes industriels. Cette proportion pourrait atteindre la moitié pour les cancers du poumon et de la vessie. Cependant, à l’exception des cancers de l’amiante, l’essentiel des cancers d’origine professionnelle demeure en dehors du champ de la reconnaissance. Au niveau de l’Union Européenne, les cancers professionnels sont en cause dans 53% des décès par cancer.   Mais aujourd’hui, en France, le nombre de cas reconnus représente moins de 0,5% des 385 000 nouveaux cas de cancer annuels. 

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 « Perspective biographique, multi-expositions et parcours exposants »

Le dispositif d’enquête du Giscop93 présente un nombre important d’originalités par rapport aux approches usuelles développées en épidémiologie. Ces particularités imposent de penser l’analyse des données collectées en articulation parfois étroite avec d’autres disciplines, en particulier la sociologie, pierre angulaire du dispositif puisque mobilisée à la fois pour le recueil de l’activité réelle de travail des patients et pour l’analyse des mécanismes de visibilisation/invisibilisation des cancers d’origine professionnelle.

Le parcours professionnel, qui est au cœur du dispositif d’enquête, fournit un matériau de recherche très riche qui continue d’être exploré à travers une série d’analyses  quantitatives : parcours-travail, parcours d’exposition et parcours de réparation sont ainsi mis en regard dans une perspective biographique. Le renforcement des mécanismes d’invisibilisation chez les femmes à travers la construction des connaissances épidémiologiques est également étudié. Enfin, les démarches de quantification du rôle du travail dans la survenue du cancer font l’objet d’une analyse critique.

« Cancer, travail, territoire »

Cet axe n°5 s’inscrit dans la continuité du thème « Maladies Industrielles » de la précédente programmation scientifique quadriennale. Nous proposons ici une lecture socio-spatiale – avec une certaine profondeur historique – de l’émergence de territoires du risque cancérogène à partir des expositions professionnelles recensées dans le cadre des activités du Giscop93 mais en questionnant également les expositions environnementales associées.

Plusieurs programmes structurent l’activité de cet axe. Une thèse de géographie s’attache tout d’abord à (re)construire la visibilité des expositions à des cancérogènes professionnels, documentées par le Giscop93, en questionnant l’organisation spatiale des sites exposants au cours du XXe siècle (Axelle Croisé sous la dir. de Alexis Sierra et Benjamin Lysaniuk). 

Un programme de recherche financé par la région Ile-de-France (Projet PICRI - « Pollution industrielle, contamination environnementale par le Comptoir des Minéraux et Matières Premières d'Aulnay-sous-Bois ») se place également en position centrale dans cet axe. Le Comptoir des Minéraux et des Matières Premières (CMMP) est une ancienne usine de broyage de minéraux (dont l’amiante) responsable d’une importante contamination environnementale ayant engendré plusieurs centaines de victimes parmi les anciens travailleurs et les riverains de ce site. Plusieurs travaux ont été menés depuis 10 ans grâce à la pression permanente d’un collectif d’associations. Située sur le territoire d’enquête du Giscop93, l’entreprise CMMP représente l’un des vecteurs par lesquels les travaux de l’équipe peuvent interroger les limites de la frontière juridiquement construite entre les expositions professionnelles aux cancérogènes et les expositions environnementales. Ils rejoignent un champ de recherche relativement jeune en sciences sociales qui établit une passerelle entre le champ de la santé au travail et celui de la santé environnementale.

Dans le cadre de ce programme de recherche, plusieurs travaux ont été réalisés ou sont en cours : une analyse socio-historique de la dynamique des échanges entre mouvement citoyen et institutions, dans une perspective de santé publique (post-doctorat d’Anne Marchand) ; la constitution d’une base de données « victimes », sa cartographie et l’étude de faisabilité de la mise en place d’une plateforme d’auto-signalement des exposés/malades (Léa Prost et Benjamin Lysaniuk).

Enfin, plusieurs chercheurs rattachés à cet axe (Cécile Durand, Léa Prost, Moritz Hunsmann et Benjamin Lysaniuk) participent également activement à la création d’un Giscop dans le Vaucluse (Giscop84) appuyant ainsi l’initiative lancée en Avignon par des médecins du service d’oncohématologie. D’une manière plus spécifique, une thèse de géographie (Léa Prost sous la dir. de Myriam Baron et Benjamin Lysaniuk) s’attache, à partir de la base de données constituée par les médecins avignonnais, à questionner l’hétérogénéité spatio-temporelle des malades pour aborder, dans un second temps, l’existence de facteurs de risque localisés en différents lieux et pouvant expliquer une situation sanitaire originale dans un territoire donné. Un intérêt particulier est accordé aux pratiques, perceptions et représentations des individus par rapport au risque cancérogène propre à ce territoire.

 
 

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